________ Formé à Lyon en 1995 ils étaient neuf musiciens. Malgré les multiples départs et arrivées des uns et des autres, le groupe s'est enrichi au jour le jour. D'une part par ce qui fait sa musique : instruments en tous genres de l'accordéon à la basse, du tubas à l'orgue de barbarie, une dizaine d'hommes cultivés, engagés et déterminés dont plusieurs paroliers, une imagination débordante ... Dautr part par son expérience : des milliers de concert au travers de l'Europe entière, le Moyen Orient, plus récemment l'Australie et les Etats Unis (US Tour du 16 au 21 avril 2008). Pour leur premier concert en France de l'année il était présent au Festiv'été, à Moutiers sous Chantmerle. Comme à leur habitude ils ont enflammé le public ... mais avant de monter sur scène David (guitare et chant) et Manu (batterie et chant) ont répondu à quelques questions pour vous ...
C'est en 1995 que vous formez le groupe et décidez de le nommer Babylon Circus, quel lien faîtes-vous entre cette ville antique, le cirque et votre musique ?
David : Alors ... Babylon est une ville d'Irak donc, qui a été rendue très populaire dans la musique, par Bob Marley, par la religion Rastafari ... Babylon c'est le côté agressif, oppresseur de la société, la police, la répression ... Mais ça vient de l'histoire de la Courtadelle, de tous ces hommes qui ont voulu s'élever au rang des Dieux, l'Ancien Testament ... bref tout ça est un peu compliqué ... Ce qu'il faut retenir c'est le mélange de rêve et de réalité. La grande Babylon c'est la ville où on est né, le groupe est né à Lyon, une ville où il y a énormément de gens, beaucoup de polices, de misère, toutes ces choses là qui font le monde dans lequel on vit : la réalité. Circus à côté, c'est les voyages, la famille, tous ce que j'appel le rêve. Et on va de Babylon en Babylon monter notre chapiteau et partager nos rêves ...
Derrière l'image de légèreté du côté cirque et l'ambiance que vous mettez en concert, vous avez comme même des textes sérieux et engagés. Quels influences pensez-vous qu'ils ont sur votre public ?
Manu : Je pense que c'est ce qu'il aime aussi chez nous. Ils viennent pour danser, faire la fête, y'a des choses qui les touchent, d'autres qui sont graves dans ce qu'on dit, parfois avec simplicité, voire même naïveté ... Y'a pas mal de choses qu'on peut faire passer avec la musique.
David : L'important c'est ça. Nous on propose nos pensées, et après on laisse libre choix aux gens de les interpréter comme ils en ont envie. On peut donner l'exemple de notre chanson De la musique et du bruit qui résume à peu près ce qu'on vient de dire. C'est à dire qu'il y a de la naïveté puisqu'on parle d'une histoire de quartier à travers l'½il d'un enfant qui voit le lieu évoluer au fil des années. Après soit on entend juste « de la musique et du bruit » pendant le concert, soit on entend juste une histoire, celle d'un enfant, soit ça peut ... C'est arriver ... la chanson est né au moment de l'arrivée de Sarkozy au ministère de l'intérieur ... C'est comme une peinture, à chacun d'avoir son interprétation, l'important c'est d'avoir une réaction quelqu'elle soit.
Avec ces même textes vous avez parcouru tout d'abordl'Europe entière et donc rencontré des publics non francophones. Vous avez alors été amenés à monter un jeu de scène, peut être comparable à une mise en scène théâtrale, je sais pas ce que vous en pensez ? Dans ce cas est-il réfléchi et répété ou laissez vous libre court à l'improvisation et l'imagination chaque soir ?
Manu : C'est un peu des deux. Disons qu'il y a du travail, parce que tu fais pas passer des choses sur scène comme ça. On travaille justement les corps, la danse, les visages, les grimaces, ... Mais sur scène, notre fil c'est notre chanson, toujours, notre musique, ce qu'on est en train de dire aux gens accompagné de théâtre. On a été voir des gens qui jouaient au théâtre et bossé là dessus. Mais tous les soirs y'a de l'improvisation, une nouvelle façon de le jouer. C'est pas non plus une chorégraphie, y'a pas de marquages.
David : Tous ces gens là qu'on a rencontrés dans le théâtre, le cirque, la danse ... Ils nous ont appris un langage scénique comme une langue étrangère. Et après, chaque soir c'est différent.
Manu : On se lâche !
Par rapport à tous ces différents publics que vous avez rencontrés, en Europe, aux Etats Unis dernièrement, pouvez-vous me parler des différences que vous avez noté ? Les gens ne réagissent pas partout pareil, non ?
David : D'une ville à une autre, d'un pays à un autre, y'à cette donne, dont tu parlais tout à l'heure, est ce que les gens comprennent ou non les paroles ? On a du faire plus de 1000 concerts en 10 ans et on a reçu plus de 1000 réactions. C'est ça qui est intéressant, la différence. Aux Etats Unis, y'a un truc qu'était chouette, c'est que, d'abord on se trouvait un public que l'on ne connaissait pas et qui ne nous connaissait pas et très mélangé au niveau des générations. On a vu à Detroit, des mamies de 70 ans, les cheveux blancs, qui sont restées assises du début à la fin et ont acheté un disque en partant. Et ça c'est chouette ! D'autant que la moyenne d'âge devait être en 20 et 25 ans, et les 500 autres personnes qui étaient là ont vraiment retourné le dance floor. Y'a pas d'à priori, la mamie on aurait pu lui faire faire une crise cardiaque, pas du tout ! Elle participe au spectacle comme les autres, elle tape dans les mains, se lève ...
Justement pour avoir séduit un tel public, pensez vous avoir un truc particulier, un secret ? Mettez vous des mots sur cette réussite ?
Manu : On est des séducteurs ; ou on est séduisants ... peut être ... ?
David : Ché pas ... La french touch ! Non mais un concert c'est une rencontre avec le public. On fait de la musique vivante et oui y'a un rapport de séduction. L'artiste et le public. Chaque soir il faut aller trouver la petite clé de la petite porte du c½ur des gens qui nous accueillent. Que ce soit un festival, une salle, une fête de village, en Syrie, en Australie, en Russie, en Poitou-Charentes ... à chaque fois y'a un petit truc différent à trouver pour faire passer leur faire passer et qu'ils partagent toutes ces émotions.
J'en viens aux membres du groupe, est-ce un hasard qu'il soit exclusivement masculin ?
Manu : Tout à fait !
David : Question suivante ! Non ... y'en a eu !
Manu : On a pas trouvé de filles quoi ! tu veux ?
David : Peut être toi oui ?
Manu : Nous on adorerait moitié garçons, moitié filles. On est pour la parité totale. Après c'est une vie de fou, on est sur la route non-stop et y'a peut-être moins de filles ... Y'en a, on croise mais moins ... On a eu moins de chances que d'autres.
David : Mais le groupe est né, il y avait une chanteuse, une clown. C'est absolument pas du machisme de notre part.
Votre groupe est donc composé d'une dizaine d'artistes, je me demandais comment l'organisation se passait. Il est évident qu'il y a des décisions à prendre. Y'a-t-il des dirigeants parmi vous ? Procédez vous à des votes ?
David : C'est un peu compliqué. Evidemment y'a des décisions faciles qui se prennent, on sait où on va par exemple et parfois plutôt que parler pendant des heures, il faut faire.
Et pour ce qui est des titres sur les albums, j'imagine que c'est un sujet qui partage ... ?
Manu : Déjà y'a les chanteurs qui écrivent. Ils amènent et proposent et y'a une mélodie, deux ou trois personnes qui gravitent là dessus et puis à ce moment tous le monde peut y mettre son grain de sel. Quelqu'un peut débarquer et faire tourner le morceau autrement. Au finish, tout le monde a mis la main à la pâte. Mais on a comme même des rôles à tenir.
David : Là, ça fait exactement 10 mois qu'on travaille sur le prochain album où pareil, dans toutes les chansons qu'on a pu écrire, pas une a été faîte de la même manière ! Parce que chacun a rebondi sur des points différents. Tout ça pour dire aussi qu'on est en train de préparer un nouvel album ! ...
Mais vous ne vous arrêtez jamais !? Parce que vous avez fait, bon « que » deux albums mais avec toutes les tournées ça fait peu de repos au final ?
Manu : Ben on s'arrête pas trop, non, pas de vacances ...
David : Si on s'arrête ... c'est un peu notre moteur. Ca nous fait tenir debout.
Pas trop fatigant ?
Manu : Des fois on en a marre, mais pas longtemps. Dès qu'on remonte sur scène ou qu'on nous donne un micro ... c'est reparti !
David : C'est de la passion. On a la chance de choisir ce qu'on veut faire, on est tort de se plaindre je crois. Le jour où on commencera à le faire, j'espère qu'on arrêtera !
J'ai entendu parler de votre série de concerts en Australie, pouvez vous m'en parler plus précisément ?
Manu : On a fait 10 dates, ça s'est super bien passé. On a fait un festival, un concert sous chapiteau, cinq soirs de suite dans la montagne ... on a même joué notre dernière date aux premières minutes de 2008, 9h avant la France ! On était super contents ! Le public aussi était ravi, ils adorent la France j'ai l'impression, comme à pas mal d'endroits en fait !
David : A la fin on est allé avec nos accordéons, nos instruments acoustiques, jouer dans le public ...
Pour finir, je voudrais finir avec votre avis à propos du téléchargement, notamment l'illégal ... Vous devez savoir qu' une nouvelle loi est passée la semaine dernière, comment vous vous placez la dessus ?
David : C'est un problème de commerçants ça.
Manu : Nous on est arrivé, c'était déjà plié.
David : Ceux qui se plaignent, bien sûr qu'ils y perdent. Mais ceux qui se plaignent d'Internet, c'est aussi ceux qui vendent des ordinateurs avec leurs méga hauts débits pour justement télécharger. C'est ceux qui ont semé la chose.
Manu : Ceux pour qui s'est plus difficile, c'est ceux qui arrivent et qui avaient le système d'avant. Nous on est déjà dans l'après, à penser à Internet, à d'autres moyens de diffusions ... Ca tourne toute façon. Et puis y'aura toujours des gens qui feront de la musique ! Ca va jamais disparaître ...
David : Moi quand j'étais gamin, j'avais pas les moyens j'enregistrai sur des cassettes. Je copiais et on me l'a jamais reproché. J'encourage pas. Moi j'aime bien avoir l'objet physique. On est en pleine mutation, on verra bien comment ça va finir ...